Législatives en Birmanie: où en est la démocratie?

Alors que l’actualité américaine continue d’accaparer la presse internationale, 37 millions de Birmans se rendent aux urnes ce dimanche. Les votants sont appelés à élire le Parlement au cours des deuxièmes élections libres dans le pays depuis le départ de la junte militaire en 2011. Une fois élus, les parlementaires nommeront leur président. Le premier scrutin général en 2015 avait porté la Ligue pour la Défense de la Démocratie (LND), le parti d’Aung San Suu Kyi, au pouvoir. «Paix, transition démocratique, décollage économique…»: cette victoire avait suscité une vague d’espoir pour le futur du Myanmar. 5 années plus tard, la LND (qui représente principalement les intérêts de la majorité Bamar) caracole toujours en tête des intentions de vote malgré un bilan mitigé.

Pagode Uppatasanti, l’un des symboles de Naypyidaw, la capitale du Myanmar.


Désenchantement

Si Aung San Suu Kyi avait axé sa précédente campagne électorale sur la réconciliation nationale, les processus de paix avec différents groupes armés paraissent aujourd‘hui bloqués. Depuis l’accession de la LND au pouvoir, les combats ont repris dans certaines régions. L’Etat d’Arakan constitue par exemple le théâtre de violents affrontements entre les guérilleros de l’Armée d’Arakan et les forces régulières birmanes. En outre, l’omnipotence des militaires au sein des institutions étatiques semble geler toute tentative de réforme constitutionnelle pour ramener l’armée sous contrôle des citoyens. La Constitution de 2008 réserve en effet 25% des sièges parlementaires aux militaires, hors de toute élection. Ces derniers se voient également attribuer les ministères clé de la Défense, de l’Intérieur et des Affaires Frontalières. Enfin, des violations des droits humains par l’Etat birman ont fortement dégradé l’image de sa dirigeante de facto (Aung San Suu Kyi) .  L’ancienne Prix Nobel de la Paix doit en effet répondre d’accusations de génocide contre la minorité rohingya devant la Cour Internationale de Justice.

Des élections biaisées
Les associations de défense des droits humains dénoncent «un scrutin fondamentalement biaisé». Dans les faits, plus de 2 millions d’habitants se retrouvent exclus du vote. En effet, les Rohingyas ne sont pas considérés comme des citoyens du Myanmar par les autorités locales. La minorite beneficiait de documents leur permettant d’exercer certains droits politiques (les « white cards »). Cependant, à la suite de manifestations nationalistes contre le droit de vote des Rohingyas, les autorités birmanes ont décidé de mettre un terme a la validité des « white cards ». Une fois passé le 31 mars 2015, leurs détenteurs seraient déchus de la possibilité d’exercer leurs droits politiques. Cette mesure avait également touché les membres d’autres minorités, chinoise ou indienne en particulier.

De plus, la commission électorale a annulé le vote populaire du 8 novembre 2020 pour des raisons sécuritaires. Cette décision concerne une cinquantaine de cantons (« townships ») dans lesquels des conflits armés sévissent. Ces zones recensent un grand nombre de personnes appartenant à des minorités ethniques. Diverses raisons administratives compliquent également l’acces au vote des émigrés birmans, estimés à près de deux millions. Certains déclarent par exemple ne pas avoir reçu d’informations concernant les élections, tandis que d’autres ne pouvaient pas se déplacer au consulat afin de déposer leur bulletin.

Le système électoral, dans lequel le parti majoritaire dans une circonscription en remporte tous les sièges, devrait également tourner à l’avantage du parti en place. La pandémie de Covid19 a en outre déplacé la campagne électorale dans la sphère numérique. Ce phénomène devrait profiter aux formations politiques les plus importantes, qui jouissent d’une meilleure couverture médiatique. La LND bénéficie ainsi d’un accès privilégié aux organes de presse étatiques.

Tensions ethniques
Ces différents facteurs pourraient favoriser la Ligue pour la Défense de la Démocratie et mener à une surreprésentation de la majorité bamar. Les résultats présumés de l’élection risquent ainsi d’aggraver les divisions entre les Bamars et les minorités ethniques. Selon Ben Durant, rédacteur en chef du bimensuel Frontier Myanmar, le pays pourrait s’acheminer vers «une démocratie illibérale au sein de laquelle le gouvernement se préoccupe de manière croissante des exigences de la majorité Bamar.»

Un avis sur « Législatives en Birmanie: où en est la démocratie? »

  1. Merci Mélina d’attirer notre attention sur ce pays sous tension. Bientôt une suite à cet article pour analyser les résultats ?
    Bravo pour l’écriture toujours agréable à lire. Le séjour en Irlande n’embrume heureusement pas ton français maternel 😉

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